Nombreuses à solliciter un prêt garanti par l’État, les TPE/PME se plaignent de réponses trop tardives de la part des établissements financiers. La garantie de l’État sur 300 milliards d’euros de prêts aux entreprises suscite encore bien des espoirs. Elle constitue la colonne vertébrale du plan d’urgence mis en place par Bercy, pour faire face aux conséquences économiques liées au coronavirus.

Les coulisses du PGE (prêt garanti par l'État) au CMSO-Groupe ARKEA.

Nombreuses à solliciter un prêt garanti par l’État, les TPE/PME se plaignent de réponses trop tardives de la part des établissements financiers.

La garantie de l’État sur 300 milliards d’euros de prêts aux entreprises suscite encore bien des espoirs. Elle constitue la colonne vertébrale du plan d’urgence mis en place par Bercy, pour faire face aux conséquences économiques liées au coronavirus. Le 22 avril, un mois après le lancement de ce programme géant, 486 447 prêts garantis par l’État (PGE) avaient été accordés, pour un total approchant les 113 milliards d’euros et un montant moyen par prêt de 232 000 euros (chiffres Bpifrance). La demande de prêt des entreprises, elle, s’élevait aux environs de 60 milliards d’euros. La Fédération Bancaire Française (FBF), par la voix de son président Frédéric Oudéa, estimait les taux d’acceptation à 97 % et donc, les taux de refus inférieurs à 3 %..

Situation du PGE au 5 juin 2020 (economie.gouv.fr | .pdf)

Certaines entreprises attendent désespérément une réponse favorable à leur demande de prêt, malgré ces chiffres impressionnants. Tandis que des banquiers s’inquiètent de la facilité avec laquelle l’argent est accordé. De l’argent qu’il faudra rembourser un jour, si les entreprises ne ferment pas.

Soyons clairs, les banques font face à un chamboulement. Là où la priorité était de s’assurer des capacités de remboursement des emprunteurs, voici les banquiers chargés de sauver les entreprises.  Cela implique un changement de logique dans le traitement des dossiers. 

“Comme toujours, on voit toujours ce qui ne va pas”, s’agace Frédéric Visnovsky médiateur national du crédit à la Banque de France sur France Inter. “Les banques traitent 10 fois plus de dossiers que d’habitude. Il faut le comprendre. Il faut relativiser les choses”.

Trésoria et ses équipes ont pris de plein fouet cette crise. Au front depuis 3 mois, en solutionnant les problématiques de financement de nos chefs d’entreprises de TPE/PME nous constatons qu’il est nécessaire de remettre les barres sur les T et les points sur les I. 

Fidèles à nous-même, nous voulons vous livrer avec transparence l’envers du décor. 

Pour en savoir plus, nous avons contacté Frédéric Chopard, Responsable du marché des professionnels au Crédit Mutuel Sud-Ouest (CMSO). 

Une fois sur notre chaise d’interrogatoire, Frédéric s’est lâché ! Alors, autant vous dire qu’on en a largement profité pour poser toutes les questions qui taraudent en ce moment même nos chefs d’entreprises. Au delà du PGE, ses réponses sont une foule d’informations concernant le fonctionnement d’une banque et tout particulièrement du produit “crédit bancaire”.

Frédéric chopard, qui es tu ? 👀

Trésoria : Bonjour Frédéric, avant de commencer l’interview et de comprendre la gestion de crise du COVID-19 au CMSO, nous voulons savoir qui vous êtes ? D’où vous venez ? Quel est votre parcours professionnel ? Scolaire ?

Frédéric Chopard : Pur produit du Crédit Mutuel, à 52 ans j’ai la chance et le plaisir d’y avoir fait toute ma carrière depuis 1990.

L’avantage, c’est que j’ai eu l’occasion d’y réaliser de nombreuses missions allant des  métiers en agence bancaire aux métiers d’animation et de pilotage de projets au sein de la direction commerciale.

Plus concrètement, j’ai débuté à l’accueil sur une une mission de guichetier commercial puis j’ai évolué jusqu’à aujourd’hui où  j’exerce en tant que Responsable du marché des professionnels.

Concernant ma formation, je sors d’une école de commerce avec une dernière année de spécialisation à San Diego (États-Unis).

Trésoria : C’est quoi l’évolution de ton poste ? Et toi ? Personnellement ? Quelles sont tes prochaines étapes ?

Frédéric Chopard : Il n’y a pas de parcours tracé lorsque l’on arrive sur ce type de mission. C’est à moi d’écrire la suite et de saisir les opportunités qui se présenteront en lien avec mon envie d’apprendre et de découvrir de nouvelles facettes de l’entreprise, du groupe Arkéa ou d’ailleurs…

Si demain on me propose une mission sur un sujet que je n’ai jamais eu l’occasion de pratiquer, cela peut  me motiver. Mon ambition est plus liée au projet qu’au niveau de responsabilité. Même si j’aime prendre des responsabilités.

Trésoria : Moi je retiens que tu es opportuniste mais pas carriériste, mais pourquoi ne pas embrasser un projet entrepreneurial dans ce cas ?

Frédéric Chopard : C’est une très bonne question, tu touches la corde sensible là, je me la suis posée à de très nombreuses reprises.  

Selon moi pour entreprendre il faut une dose d’audace et de lâcher prise que je n’ai peut-être pas suffisamment, il faut en être conscient. 

J’admire réellement ceux qui passent le cap, qui mettent tout dans la balance pour créer ou reprendre. Aujourd’hui mon travail c’est d’accompagner ces “vrais” entrepreneurs, et faciliter ceux qui œuvrent à leurs côtés. Je suis également sensible à ceux qui entreprennent à faire de ce monde un monde meilleur ! 

Personnellement, je préfère me mettre à disposition d’une équipe, d’un collectif. Me mettre à mon compte en tant qu’assureur ou courtier j’aurais pu le faire, mais je préfère réellement intégrer un collectif et conduire des missions qui pour le coup se rapprochent de l’intrapreneuriat et donc de l’entrepreneuriat. 

Par exemple, j’ai réalisé 4 missions de Directeur d’agence au sein du Crédit Mutuel. Étant une banque mutualiste, chaque agence à sa propre immatriculation, comme n’importe quelle entreprise. J’ai donc été dirigeant d’une “mini-entreprise” durant de nombreuses années et selon moi, cela se rapproche malgré tout du métier d’entrepreneur. Ce n’est pas comparable avec l’artisan ou le patron de PME certes, mais en terme d’autonomie et de responsabilités ça s’y rapproche.

La gestion de crise au CMSO 🦠

Trésoria : D’un point de vue personnel, en tant que Responsable du marché des professionnels, comment appréhendes-tu la crise actuelle compte tenue cette situation jamais vue ... ?

Frédéric Chopard : Je suis partagé par deux sentiments :

  • d’une part, une excitation liée au contexte, en effet, tout va très vite, il faut être très efficace, prendre les bonnes décisions et apporter les bonnes solutions à ceux qui en ont besoin. Je dois reconnaître que ces moments sont pour moi très stimulants.
  • Mais d’autre part, je suis inquiet car cette situation inédite laissera des traces sur de nombreuses entreprises et de nombreuses incertitudes demeurent quant à son issue. 

Logiquement, j’ai pris à bras le corps ce “combat” pour nos collaborateurs et nos clients. Cela passe par exemple, par les premières semaines de la crise à bosser 6 jours sur 7 avec un sommeil “agité”, afin de livrer dans les temps les outils nécessaires aux équipes, et être sûr que les choses soient maîtrisées pour faire face aux demandes des clients impactés.

Cependant malgré la crise, la casse qui en découlera, il y aura plein de nouvelles opportunités à accompagner et de nouvelles histoires à écrire. 

Bon vous l’avez compris, je suis positif par nature. MAIS, cela n’enlève pas mon inquiétude : dans mon entourage j’ai des amis entrepreneurs dont je ne suis pas sûr que la boîte se relèvera de cette crise. Mais d’un autre côté, j’en ai vu qui ont su saisir les opportunités, qui ont modifié leurs habitudes professionnelles, qui ont amélioré leurs produits et leur business model : ils vont s’en sortir à coup sûr ! 

En définitive, j’ai plus de perspectives excitantes parce qu’il va y avoir plein de choses à modifier et à créer, que de l’inquiétude parce que le ciel va nous tomber sur la tête …

Trésoria : À partir de quand avez-vous déclenché la sonnette d’alarme ? Vous l’avez vu venir ?

Frédéric Chopard : À titre personnel, quand tout s’est déclenché,  j’étais au fin fond du désert sud-marocain, donc, autant vous dire que non, je n’avais rien vu venir ! Nous avions déjà eu des premières informations, nous n’étions pas totalement déconnectés mais clairement nous ne mesurions pas ce qui pouvait arriver …

À mon retour en France, j’ai rapidement pris conscience de la situation et de cette crise qui allait nous toucher étant donné les mesures prises par l’État et celles prises au niveau du groupe. De nombreuses mesures commençaient à s’activer. 

Au niveau du Département Commercial et sur le marché des professionnels, il faut être objectif, c’est pareil, nous n’avons rien vu venir. 

Pour autant nous faisons partis du Groupe ARKEA et depuis novembre 2019, à la direction des risques, nos collègues ont travaillé sur des scénarios de réponse à des problèmes systémiques du même type.

Dans ce sens, lorsqu’il a fallu se mettre en ordre de bataille face à la pandémie, nous étions “prêts”, nous avions nos protocoles, et avec quelques semaines de recul, c’est ça qui nous a permis d’être efficaces, notamment avec la mise en place du télé-travail pour une grande partie des collaborateurs du Groupe.

Une fois que les collaborateurs et les outils étaient protégés, il a fallu mettre en place les solutions pour les clients et communiquer les informations et process  aux collaborateurs, qui étaient confinés à leur domicile pour la plupart.

Nos équipes « process » et « produit » ont réussi un travail considérable : entre les premières annonces du gouvernement et la mise en place concrète dans nos structures, il a fallu faire vite et bien. Par exemple entre l’annonce du Premier Ministre Edouard Philippe concernant la création du PGE, et le premier client à pouvoir l’obtenir de façon 100% dématérialisé, il s’est écoulé seulement 4 jours !

Les Départements Commerciaux sur les marchés des Professionnels, de l’Agriculture et de la Viticulture étaient (et sont encore) sur tous les fronts pour expliquer et répondre aux interrogations de nos conseillers qui étaient littéralement noyés sous les demandes. Nous, nous devions d’être extrêmement réactifs vis-à-vis des demandes et interrogations des clients.

Trésoria : Comment, suite à l’annonce du confinement, vous vous êtes adaptés ? De façon opérationnelle, dans les agences bancaires de proximité, quelles solutions opérationnelles ont été mise en place ?

Frédéric Chopard : D’une certaine manière, dans la filière des professionnels, nos collaborateurs sont déjà en mode nomades. C’est-à-dire qu’ils ne travaillent pas pour une agence mais pour un Pôle d’expertise, ils peuvent couvrir 1 à 3 agences mais surtout : ils sont déjà organisés et outillés pour travailler en mode télétravail. Ainsi la quasi-totalité des collaborateurs sur la parti BtoB sont restés opérationnels.

Bien sûr, nous avons fermé toutes nos agences, mais nous avons tout de même maintenu une présence à guichet fermé avec une rotation par demi équipe. À tour de rôle, les collaborateurs se rendaient en agence pour traiter les mails, les actions du quotidien et répondre aux sollicitations des clients.

Trésoria : Comment s’est faite la prise de décision ? Sur le plan national ? Régional ? Ou au cas par cas par agence ?

Frédéric Chopard : Le CMSO faisant partie du groupe ARKEA rattaché au Pôle Retail au même titre que le CMB (Crédit Mutuel de Bretagne), nous avons rapidement été accompagnés  par 2 collaborateurs dédiés à cette crise. Ils ont coordonné les équipes commerciales et les équipes back-office (gestion des crédits, directions des risques, service informatique, juridique, etc) .

De façon concrète, nous nous sommes tous mis autour de la table pour travailler en mode collaboratif :  

  • Intégration des informations qui arrivaient de l’État.
  • Comment les traduire avec nos process et nos outils. 
  • Comment les communiquer aux équipes terrain.

Le métier de banquier est souvent très administré, mais l’objectif était d’être le plus efficace possible pour les équipes et les clients, par exemple, le choix des exigences pour monter les dossiers (PGE ou autres) des clients. Il ne fallait surtout pas tomber dans le piège de réclamer “une tonne de documents”. L’objectif était vraiment de faire face à la demande et d’apporter des réponses quasi-immédiates aux entreprises tout en tenant compte de la dimension risque liée à la situation.

Notre job à nous, a été de porter cette parole là, auprès des différentes directions, il a été l’objet d’arbitrage, de choix collectifs, pour trouver le meilleur mode opératoire qui nous permette d’assurer à la fois la sécurité des collaborateurs et la satisfaction de nos clients chefs d’entreprise.

Trésoria : Et donc concrètement ? Comment cela se passait au quotidien ?

Frédéric Chopard : Tous les jours, dans un premier temps,  nous organisions des visios avec les Responsables des Pôles où nous avons communiqué les informations opérationnelles liées aux différents dispositifs et aux procédures. Chaque jour, nous mettions à plat les informations transmises par le gouvernement et par BPI afin de garder le même fil conducteur et actualiser les réponses aux questions.

Donc, notre rôle à la Direction Commerciale et particulièrement le mien, a été de faire le relais entre notamment, le produit PGE et les différentes communications (informations et  procédures) arrivant de BPI et du Groupe. Puis de les mettre en forme avec un discours facilitant pour que les équipes puissent être les plus réactives possible avec leurs clients.

Le PGE et les TPE/PME 💰

Trésoria : Quel était le process interne du CMSO pour décrocher son PGE ?

Frédéric Chopard : Concrètement, contrairement à certains concurrents,  nous avons fait le choix de simplifier au maximum le process de demande du PGE

  • Nous avons facilité la décision au plus près du terrain. C’est-à-dire que nos Conseillers avaient la main sur un grand nombre de dossiers. 
  • Pas de rendez-vous physique, uniquement téléphone ou mail.
  • Process identique quel que soit le niveau de décision ou la taille de l’entreprise
  • Un process ultra-simplifié : au lieu de faire une étude complète avec des tonnes de justificatifs, nous avons créé un formulaire spécifique d’éligibilité et de calcul d’enveloppe pour permettre à nos conseillers de savoir rapidement dans quelles conditions ils pouvaient ou non accompagner nos clients et ainsi lui apporter une réponse rapide. 

Les pouvoirs publics avaient fixé un cadre : les réponses d’éligibilité au PGE devaient arriver en 5 jours maximum. 

Entre la demande, l’édition du contrat en signature électronique puis le déblocage, nous avons été capables de débloquer des PGE en 48h.

Trésoria : Vous n’avez rien à apprendre des fintechs/start-up concernant l’industrialisation et l'automatisation des process en fait ?

Frédéric Chopard : Je confirme que sur ce volet-là nous avons progressé. Nous nous sommes tous mis autour de la table, méthode agile, différents tests poussés pour apprendre rapidement et c’est parti ! 

En fait … nous avons copié… ou plutôt nous nous sommes inspirés 😉, nous nous sommes mis en “mode startup”. Pas étonnant pour un Groupe qui accompagne déjà de nombreuses Fintech ! C’est aussi l’ADN d’Arkéa.

Une partie de mon travail consiste à animer l’offre bancaire. Quand je dis offre bancaire c’est très large, il faut imaginer un catalogue la redoute avec différents produits : carte bancaire, banque à distance, crédit, prévoyance, etc. En temps normal, lorsque l’on veut faire évoluer ou créer des produits il faut malheureusement souvent beaucoup plus de temps. 

Le groupe ARKEA embrasse une philosophie “digitale”. Il tire son épingle du jeu grâce à la maîtrise des outils informatiques tout en étant proche des start-up. Selon moi, c’est ce positionnement qui fait avancer notre groupe et nous en avons eu la preuve irréfutable ces dernières semaines : quand tout le monde se met en ordre de bataille et que les consignes sont claires, nos équipes sont ultra-efficaces.

Trésoria : En plein déconfinement et 5 mois après le début de la propagation en France, quel est le premier constat sur la santé économique de vos clients TPE-PME ? Quid de leurs accès au PGE ?

Frédéric Chopard : Avec le CMSO, nous avons fait un peu plus de 2000 PGE ; c’est près de 1 client professionnel, agriculteur ou viticulteur sur 5 qui nous a sollicité. Ce qui veut aussi dire que  80 % ne nous ont pas sollicités pour cela à ce stade de la crise.

Nous ne nous sommes pas attachés à aborder le problème par secteur d’activité. En tout cas, nous avons souhaité nous préoccuper de nos clients au cas par cas et sans savoir si l’entreprise cliente était dans tel ou tel secteur. 

Pour répondre à la question, les entreprises qui s’en sortent le mieux (quels que soient leur secteur d’activité) sont celles qui ont des fonds propres, un endettement faible, une trésorerie en bonne santé bref, qui ont des fondamentaux économiques solides et propres. Celles-ci ont réussi ou vont réussir à passer cette période sans forcément nous solliciter.

Par exemple, nos clients sur le secteur de l’agriculture nous ont très peu sollicité. C’est un secteur qui a continué à tourner, les gens ont continué de se nourrir… On a quasiment stoppé l’import des marchandises  depuis l’étranger et nous nous sommes donc remis à consommer local ! Nos agriculteurs se sont plutôt bien portés et n’ont pas eu trop de conséquences pendant la période. 

En revanche, pour les autres, c’est assurément plus compliqué

Nos inquiétudes se cristallisent sur le secteur de la restauration, du tourisme et de l’événementiel, mais je ne vais pas vous faire de dessin… Par exemple sur le secteur de la Dordogne, de la Gironde et de la Charente, il y a beaucoup d’activités touristiques qui ont été touchées de plein fouet. 

Ceux qui avaient des marges de manœuvre, ont pu faire face, notamment grâce à des reports d’échéances et de la trésorerie de côté. Mais pour les autres c’est plus compliqué.

Trésoria : Dans ce cas, en définitive, quelles sont les entreprises qui tirent leurs épingles du jeu ?

Frédéric Chopard : Concrètement, celles qui tirent leurs épingles du jeu sont les entreprises qui : 

  • Ont des fondamentaux économiques solides, la santé de leur trésorerie en tête.  
  • Ont utilisé au maximum leur capacité à réagir. J’ai en tête des commerçants qui ont changé leurs activités, qui fabriquaient des produits et qui se sont mis à en fabriquer d’autres pour répondre aux besoins actuels. Et ainsi limiter la casse.

Trésoria : Honnêtement, avoir recours au PGE .. N’est-ce pas un piège ?

Frédéric Chopard : Clairement si. Il faut bien avoir à l’esprit que le PGE, c’est un crédit. Tout crédit est fait pour être remboursé.  Ce n’est ni une subvention, ni un don, mais bien un prêt et ce n’est pas parce que l’État (via la BPI) se porte garant à 90 % que ça ne doit pas se rembourser, avec toutes les obligations qui en découlent.

Si je précise, il y a deux types d’entreprises qui ont utilisé le PGE : 

  • Il y a les entreprises qui par précaution ont utilisé le PGE en se disant “on ne sait jamais” et concrètement certains l’ont mis de côté.. 
  • Il y a les entreprises (souvent les jeunes entreprises ou les reprises récentes) que nous avons financées très récemment, avec des niveaux d’endettement relativement élevés, qui en ont ajouté une couche avec le PGE pour débloquer de la trésorerie et faire face aux charges et aux salaires. Pour celles-ci, il y a encore plus d’incertitudes et il faut croiser les doigts pour que la reprise d’activité se passe bien. 

Dans 8 ou 12 mois, quand il faudra rembourser ou étaler le remboursement de ce prêt, nous aurons une meilleure visibilité sur ceux pour lesquels le PGE a été une aubaine et ceux pour lesquels cela aura été un “piège”.

Trésoria : Que se passera-t-il, si dans quelques mois, l’entrepreneur ne sera plus en capacité de rembourser son prêt ?

Frédéric Chopard : Il faut rappeler que la 1ère phase du PGE est effectivement sur 12 mois. Cependant, à ce terme l’entreprise aura le choix entre rembourser ou étaler tout ou partie du prêt sur une durée de 1 à 5 ans.

Par la suite, malheureusement, il y aura un certain nombre de cas ou l’entreprise ne pourra faire face à son engagement et pour ces derniers il nous faudra solliciter BPI pour actionner la garantie de l’Etat à hauteur de 90 % des sommes dues. Auparavant BPI ira vérifier les conditions d’octroi du prêt avant de nous rembourser. 

Ces prêts étant sans engagement du chef d’entreprise (pas de caution personnelle) et sans autre garantie, il restera 10 % à la charge des établissements bancaires. Des solutions de recouvrement seront activées mais selon les montant il est probable qu’elles ne seront pas engagées systématiquement.

Trésoria : Pourquoi certaines entreprises ont-elles accès au PGE alors que d’autres non ?

Frédéric Chopard : C’est une question légitime, car une focalisation a été faite sur les refus de PGE. Pourtant, lorsque l’on prend les chiffres, plus de 95 % des demandes de PGE ont été acceptées, soit l’écrasante majorité. 

Malgré tout, il est vrai que des entreprises n’y ont pas eu accès. Il y a des critères très objectifs qui sont fixés dans ce cadre-là, mais il y a surtout des critères économiques. Les entreprises ayant des problèmes de fonds propres, de cycle d’exploitation, de trésorerie, bref, de capacité à rembourser les crédits ont plus de mal à décrocher leur PGE. 

Pour autant, il n’y a pas de secret, par exemple les entreprises qui ont un EBE (excédent brut d’exploitation) négatif, ce n’est pas possible de prêter puisqu’il n’y a aucune capacité de remboursement. 

Autre exemple, les entreprises qui étaient déjà fragiles avant la crise, lorsqu’elles sont venues nous voir pour un PGE, indéniablement, c’était plus compliqué.

Trésoria : Y a-t-il un dernier recours en cas de refus ?

Frédéric Chopard :

Totalement ! D’ailleurs, c’était une règle très claire chez nous. Le collaborateur ne pouvait pas décider seul d’un refus. Dans ces moments-là, la pression est forte, les enjeux aussi et l’intensité émotionnelle en ajoute une couche. La vision d’un collaborateur à un instant T peut être brouillée par de nombreux aspects. Nous voulions éviter ça, pour protéger nos collaborateurs et nos clients, tout en justifiant nos analyses. 

À chaque refus prononcé, nous communiquions systématiquement les coordonnées du médiateur de la Banque de France.

Certains clients ont activé la médiation, la Banque de France est alors revenue vers nous et nous avons alors soit confirmé notre position ou au contraire infirmé

Il y a quelques dossiers pour lesquels nous sommes effectivement revenus sur notre décision et nous avons finalement accompagné ces entreprises ! 

Trésoria : Parmi toutes les entreprises qui ont eu le PGE chez le CMSO quelle est la part de ces entreprises qui sont des TPE ou PME ?

Frédéric Chopard : 100 % ! Nous avons une structure dédiée au ETI et multinational mais notre fonds de commerce c’est les TPE/PME.

Trésoria : Combien, parmi les TPE/PME qui vous ont sollicité, ont finalement eu accès au PGE ?

Frédéric Chopard : Nous connaissons ce chiffre en temps réel, alors, si je reprends les chiffres de ce matin nous avons un taux de refus au CMSO de 2,46 %. À ce jour, nous acceptons donc 97,4 % des demandes de PGE.

Trésoria : Pour les chefs d’entreprise qui ont (volontairement) choisi de ne pas recourir à l’endettement ou qui n’ont pas obtenu d’accord de PGE, quels sont vos conseils pour reprendre leur activité sereinement ?

Frédéric Chopard : Évidemment c’est à prendre au cas par cas, mais je constate que les entreprises qui ont fait le choix de mettre en place un diagnostic de leurs forces et de leurs faiblesses, que ce soit : en terme d’organisation, de stratégie, de positionnement, de finance, de business, de développement de l’activité, dans le but d’avoir une vision la plus claire et la plus objective possible sur son marché, sont celles qui s’en tirent le mieux, c’est déjà palpable. 

En tant que chef d’entreprise c’est difficile de prendre du recul sur son activité et se poser les bonnes questions ; Qu’est-ce que je peux mettre en place rapidement, que je ne faisais pas avant qui pourrait me permettre d’aller chercher du chiffre d’affaires… Que je n’avais pas auparavant. 

Personnellement je suis convaincu que le digital est un outil complémentaire à l’humain, et qu’aujourd’hui les artisans ou les commerçants (à des degrés plus ou moins importants) ne pourront pas s’en passer. 

J’entends par là, digitaliser sa gestion, son administratif, pour ainsi être plus souvent sur le terrain et décrocher de nouveaux contrats.  

Le digital apporte des nombreuses voies de diversification ou d’amélioration. 

Ainsi, selon moi, pour les commerçants, le click and collect devrait par exemple rentrer dans les mœurs entrepreneuriales. J’ai des exemples concrets d’entreprises qui ont mis en place ces systèmes de ventes très simples via une page facebook. Sans le digital, ce chiffre d’affaires n’aurait jamais existé. Et puis, cela leur a permis de toucher de nouveaux clients, qui n’auraient jamais mis les pieds dans leur établissement auparavant. 

Ce n’est pas une stratégie globale, c’est plutôt des pistes de réflexion mais je pense qu’un diagnostic forces et faiblesses de l’entreprise est dans notre contexte actuel, primordial.  

Pour aller plus loin, partager ce diagnostic avec des structures d’accompagnement pour se confronter et prendre les bonnes décisions, est selon moi la bonne recette

Nos conseillers financiers au CMSO font d’ailleurs le job : plutôt que d’entrer dans une démarche commerciale, nos conseillers usent de l’écoute active : Bonjour Monsieur le client, comment ça va ? Comment s’est passé la période ? Et comment pouvons-nous vous aider ?

J’aime bien prendre l’exemple caricatural d’un coiffeur en zone rurale pour qui, facebook et le terminal de paiement sont inutiles, et, c’est probablement vrai que sans ces outils dans les 5-6 années à venir ça ne changera pas sa vie. MAIS, admettons que demain des lotissements se construisent dans la commune et qu’un nouveau concurrent prenne place. Il n’est pas dit qu’il ait le temps de s’adapter et qu’il disparaisse dans les mois suivants … En effet, s’il ne prend pas la carte, pas de rendez-vous en ligne, non référencé sur les moteurs de recherche : son offre ne sera plus adaptée aux nouvelles tendances de consommation.  

Ceux qui ne vont pas suivre le mouvement de la digitalisation et du travail en communauté avec leurs clients et fournisseurs, iront moins vite que les autres et s’exposent au risque de ne plus plaire !

Pour élaborer un diagnostic et se confronter plusieurs acteurs existent. 

  • Les plus connues, sont les chambres de commerces (CC) et d’industrie (CCI). Concernant leur tarification c’est au forfait, donc en fonction de votre activité, de votre département et de votre besoin réel. 
  • Les réseaux de consultant (vous en trouverez des dizaines avec une simple recherche google). Chez trésoria nous travaillons avec ceux que nous considérons comme les meilleurs : Le réseau RIVALIS et leurs conseillers en pilotage d’entreprise. Cauchemar en cuisine ça vous dit quelque chose ? Les experts qui interviennent sur la partie gestion et finance de l’émission et bien c’est eux ! On en parlait il y a quelques mois dans l’interview de Pierre Santeix “J’interviens pour faire gagner de l’argent”
  • Le tréso’diag de Trésoria pardi ! En plus c’est gratuit … 1 heure avec une de nos expertes en financement. Croyez-moi, ça n’a pas de prix !
  • Le consultant indépendant, mais soyons clair, en fonction des profils c’est à vos risques et périls.
Tiffany Tinperman co-fondatrice de la fintech Trésoria

Tiffany

CEO et co-fondatrice de Trésoria

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Pour élaborer un diagnostic et se confronter plusieurs acteurs existent. 

  • Les plus connues, sont les chambres de commerces (CC) et d’industrie (CCI). Concernant leur tarification c’est au forfait, donc en fonction de votre activité, de votre département et de votre besoin réel. 
  • Les réseaux de consultant (vous en trouverez des dizaines avec une simple recherche google). Chez trésoria nous travaillons avec ceux que nous considérons comme les meilleurs : Le réseau RIVALIS et leurs conseillers en pilotage d’entreprise. Cauchemar en cuisine ça vous dit quelque chose ? Les experts qui interviennent sur la partie gestion et finance de l’émission et bien c’est eux ! On en parlait il y a quelques mois dans l’interview de Pierre Santeix “J’interviens pour faire gagner de l’argent”
  • Le tréso’diag de Trésoria pardi ! En plus c’est gratuit … 1 heure avec une de nos expertes en financement. Croyez-moi, ça n’a pas de prix !
  • Le consultant indépendant, mais soyons clair, en fonction des profils c’est à vos risques et périls.
Tiffany Tinperman co-fondatrice de la fintech Trésoria

Tiffany

CEO et co-fondatrice de Trésoria

Démystification 🧙

Maintenant, nous ne parlons plus (ou peu) de gestion ou de chiffre. Nous pouvons enfin nous lâcher et poser les questions que la Terre entière se pose (ou pas).

Frédéric, nous avons fait plus ample connaissance ci-dessus. Mais cette fois nous voulons en savoir un peu plus sur toi. Par simple curiosité/indiscrétion 😂. C’est pas tous les jours que nous avons un banquier sur notre chaise d’interrogatoire, et nous allons en profiter 😁.

Alors ? Quelle sont les (mauvaises) habitudes d'un Responsable du marché des professionnels au CMSO ?

Trésoria : D’où es-tu originaire Frédéric ?

Frédéric : Je suis Bordelais avec de bonnes attaches Nord / Bassin d’Arcachon puisque ma famille est originaire d’Arès.

Trésoria : Chez Trésoria on aime bien simplifier les choses donc commençons de suite … alors … Paris ou Bordeaux ?

Frédéric : Bordeaux à 300%, il n’y a pas de sujet pour moi 😃

Trésoria : Maintenant parlons un peu de tes habitudes digitales. Utilises-tu Instagram ? LinkedIn ? Facebook ?

Frédéric : J’utilise 3 réseaux : LinkedIn, Twitter, Facebook. Linkedin et Twitter pour des raisons principalement professionnelles, pour faire partie de la communauté du monde de l’entreprise, être en veille sur les sujets chauds, entretenir mon réseau professionnel mais aussi personnel et culturel car j’en profite aussi pour me connecter avec des personnes en rapport avec mes centres d’intérêt. Facebook j’utilise très peu et uniquement pour le perso, en revanche je vais sur LinkedIn quasiment tous les jours.

Trésoria : Qu’est-ce que tu dis quand tu te cognes un orteil ?

Frédéric Chopard : Oh put*** ! 🤬

Trésoria : Tu es plutôt lève-tôt ou couche-tard ?

Frédéric : Lève-tôt depuis toujours et pour toujours, réveillé entre 5h et 6h du matin ⏰ 

Trésoria : Nous voulons en savoir plus sur ta philosophie et ton développement personnel. Si l’on te demande “Passé” ou “Futur” tu nous réponds ?

Il y a quelques années je t’aurais peut-être répondu futur (quoique), mais aujourd’hui c’est plutôt ici et maintenant ! J’adore vivre l’instant présent.

Trésoria : “Action” ou “Réaction” ?

Frédéric : Je suis plutôt action mais de mon point de vue c’est aussi important de savoir réagir.

Trésoria : Et pour finir : Au revoir ou Ciao ?

Frédéric : Ciao A Tutti (j’adore l’Italie 🇮🇹)

Interview, rédaction, édition : Valentin Amelineau

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